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Y’a comme un goût de démé-démago dans la bouche de Sarko

Y’a comme un goût de démé-démago dans la bouche de Sarko

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Diam’s postillonne sur les maux de la France dans « la Boulette », chanson francophone de l’année 2006 aux NRJ Music Awards s’il-vous-plaît ! La « génération nan nan » dont parle notre rappeuse nationale et ses allitérations de « ouais ouais » sonnent bien aux oreilles des jeunes non politisés. Force est de relever ici le caractère coriace et véridique de cette phrase. Si si, élu nouveau président de l’UMP, Nicolas Sarkozy est en position de se la « raconter » de nouveau, pour continuer avec le vocabulaire très soutenu du rap, wesh.

Touché à la présidentielle, mais pas coulé, Sarkozy a su se faire désirer et acclamer avant de marquer son come-back. Les circonstances lui étaient clairement favorables grâce au fameux épisode foireux des primaires de l’UMP en 2012. Aussi son réseau partisan lui a permis de résister à toutes les tentatives de déstabilisation lancées dans son propre camp. Sa puissance de frappe communicationnelle n’a pas été affaiblie non plus. Personne n’a pu faire barrage au retour de notre Napoléon bis. Ses alliances nouées depuis des années au sein de l’UMP se sont révélées solides.

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Maintenant, le champagne gaullien est de nouveau en ébullition dans le camp sarkozyste. Gaullien êtes-vous sûr ? Euh… en fait plus tellement depuis que Monseigneur Buisson a planté son camarade Nicolas en 2012, faisant de lui un looser du clientélisme, au zénith de la compétition présidentielle. Toutefois, la machine de com’ de Sarko est trop bien huilée pour se rouiller. L’expérience, la présidence pendant cinq ans et le talent ont créé autour de lui comme une cage de résistance à toute épreuve. Comment expliquer par exemple que l’ancien président parvienne à garder la tête hors de l’eau malgré toutes les affaires judiciaires qui l’accablent ? Personne n’irait contester l’impartialité de la justice, pourtant en tant qu’avocat de formation, Sarkozy parviendrait sans doute plus aisément que d’autres personnalités politiques à se tirer d’affaire. Enfin qu’ose-je dire, l’expression « trafic d’influence » n’existe pas en politique, voyons !

Rocambolesque, le comédien aux talonnettes prend souvent des airs de Berlusconi avec ce besoin de s’afficher tout le temps et de faire des déclarations sur tout et n’importe quoi. Lorsqu’il déclare qu’il modifiera la loi Taubira, si ça « fait plaisir » à ses supporters de droite, il se donne une gifle lui-même. Peu importe la bavure de son propos et la reprise médiatique, aujourd’hui Mister Sarkozy occupe le poste clé du moment, à savoir la tête de l’écurie présidentielle pour la droite en 2017. La démagogie va sûrement réapparaître dans le répertoire émotionnel du gagnant du vote électronique. L’émotion est devenue de nos jours le parfum incontournable dont tous les hommes politiques s’aspergent pour attirer les citoyens à leur écoute. L’hyperprésidence de Sarkozy, embrassant et mitraillant de tous les côtés, nous en a fait la meilleure démo. Jamais un président français n’avait autant fait chauffer les caméras des chaînes télévisées. Le petit Cavaliere a pu ainsi se permettre de lancer quelques formules démagogiques pour euphoriser ses contemplateurs et capter l’attention de ses détracteurs, comme quand il disait qu’il allait nettoyer au Karcher les banlieues en 2005, en tant que Ministre de l’Intérieur.

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Cependant, la démagogie ne découle pas de la surmédiatisation. Il en faut plus pour se faire lécher les bottes. Or Nico bling-bling ne semble pas surpasser son éloquence et son charisme. Il préfère se laisser submerger par l’envie de combler, parader, vociférer, aduler, cogner… Bref, plaire pour convaincre. La démagogie est d’abord le fruit du discours, du langage et donc de la rhétorique. Sarkozy en use et en abuse. Mais il ne va pas scander une quelconque indignation devant la population dans chaque région française. S’il se veut rassembleur, c’est surtout au sein de son propre camp et de temps en temps chez le FN quand la cocotte électorale fait pression. La démarcation avec les partis extrémistes oblige tout gouvernant de parti de gouvernement à rester à l’écart des voix trop proches du peuple, au risque de perdre une partie importante de son électorat traditionnel. Néanmoins, les registres du discours doivent pouvoir aussi séduire les indécis susceptibles de voter aux extrêmes et donc les mêmes leaders des grands partis sont capables de dévier pour récolter des voix. Sans succès assuré toutefois. Après avoir semé le vent dans le sol Le Peniste en 2012, Sarkozy n’a fait que confirmer le dicton en récoltant la tempête des votants.

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Non, ne vous y trompez pas : Nico n’est pas Silvio. La comparaison est alléchante mais inadéquate. Heureusement pour la vie politique française…

 

Perversion de la démocratie pour Aristote, la démagogie fait fondamentalement appel aux passions. Ça, Sarko maîtrise par cœur. En revanche, il n’écoute pas toujours suffisamment ses compatriotes pour leur dire ce qu’ils veulent entendre. Le radical du mot démagogie, « ago », veut dire conduire en grec. Pourtant, la phase « j’agis » rentre rarement dans le déploiement du sens du terme. En clair, toutes les personnes qui palabrent sur de beaux sujets sensibles ne sont pas des Beppe Grillo italiens formant des comités citoyens dans les villes et les campagnes. Faute de quoi Sarkozy est bien démagogue. Sauf que, encore une fois, sa parole arrive essentiellement aux oreilles de ses sympathisants. Notre Napoléon veut une primaire ouverte pour l’UMP en 2016 ? Aïe ! Il a l’orgueil de croire à sa rehausse de popularité alors qu’il ne pourra plus la touiller autant qu’avant en commandant plein de sondages. Le pari est risqué étant donné que Sarkozy n’a pas tout à fait reconquis son parti. Certes, son principal noyau de fidèles dans la maison UMP reste inébranlable, mais les adhérents indécis, les électeurs dubitatifs et la mobilité de la classe politique avec l’ombre permanente du Front National peuvent entraîner un retournement de situation à tout moment.

Dessin presse

Sarkozy ne rachètera pas les électeurs frontistes, il a compris son erreur de 2012. Autant Jean-François Copé est un mauvais démagogue, autant Sarkozy sait ajuster plus ou moins bien son discours à la température du public. L’enjeu jusqu’à la primaire sera bien pour Sarkozy de reconstruire sa base électorale sans trop se focaliser sur les adhérents de l’UMP. Sa nouvelle équipe comme celle des autres compétiteurs a d’ores et déjà la tête levée vers l’élection présidentielle de 2017. Néanmoins Sarkozy va devoir se faire plus démago qu’il ne l’est actuellement s’il veut faire sursauter la majorité silencieuse. Il est clair que diviser pour mieux régner ne sera pas la bonne carte à jouer. D’où l’intérêt pour Nicotine Sarkaféine de recommencer à pavaner et susurrer des mots doux aux oreilles des électeurs potentiels, sans attendre les déplacements d’une future campagne en tant que futur éventuel candidat.

Le temps de réaction est précieux en politique et le regard de long terme primordial. Le principal effort à faire pour notre ami Sarkozy sera de ne pas trop gesticuler en faisant de multiples promesses comme on distribue des œufs de Pâques. S’il ne peut se taire et s’il veut gagner, le chouchou de Carla doit être plus calme et prévoyant. Est-ce imaginable ? Quoi qu’il arrive, il y aura toujours quelque chose de démago dans la bouche de Sarko qui le fera vibrer et étinceler régulièrement, parole de rap patriotique, parole de Diam’s.

 

Adri-Maugri