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Les fins de saisons me marquent généralement peu. Seuls quelques moments me laissent pantois dans mon lit deux places (oui je précise si jamais il y a des intéressé(e)s). La fin de saison 3 d’House of Lies fut de cette trempe-là. De toutes les séries capables de me scotcher debout, jamais je n’aurais pensé à celle-ci.

House of Lies a commencé comme un show, au sens littéral du terme. Avec ses dialogues acérés, son humour corrosif et sa réalisation nerveuse, la comédie a tout de suite rencontré le succès sur la chaîne câblée Showtime. Tirée d’un livre de Martin Kihn, elle met en scène Martin « Marty » Kaan (Don Cheadle) un management consultant à Galweather and Stern chargé, à l’aide de ses assistants, de faire croire aux entreprises qu’elles ont besoin d’eux, empochant un bon paquet d’argent au passage. Dans le même temps, il doit gérer Monica, son ex-femme névrosée et envahissante (Dawn Oliveri), son père (Glynn Turman), tout en s’occupant de son fils Roscoe (Donis Leonard Jr.).

HOUSE OF LIES (Pilot)
On s’enjaille quand on est consultant. Avec de gauche à droite Clyde (Ben Schwartz), Jeannie (Kristen Bell), Marty (Don Cheadle), Monica (Dawn Oliveri) et Doug (Josh Lawson).

La première saison d’House of Lies consistait à dépeindre sans concessions le mode de vie de ces consultants sans éthique ni morale, où sexe, soirées et argent règnent en maîtres. Les scénaristes jouant beaucoup la carte sexuelle sans que l’écriture soit de qualité, cette première incursion dans le monde d’House of Lies fut plus que mitigé. Ils mettent néanmoins en place quelques ébauches intéressantes, portant principalement sur le personnage de Marty. On y découvre les difficultés d’être un homme noir de pouvoir ainsi son côté plus sensible aux côtés de sa famille, un monde sur lequel il ne possède pas un contrôle absolu. Il arrive difficilement à jouer son rôle de père, ne comprenant pas le monde dans lequel son fils évolue.

Du côté de ses assistants l’histoire racontée ne se révèle pas très pertinente, si ce n’est celle de Jeannie (superbe Kristen Bell, Marshmallow for ever). Je remarquerais plus tard que cette dernière représente la force du show. House of Lies  prendra son envol qualitativement parlant lorsque Jeannie arrivera sur le devant de la scène.

De manière plus générale, la série va progressivement perdre son humour caractéristique pour s’orienter davantage vers le drame. La deuxième saison sera beaucoup plus feuilletonnante, laissant ainsi plus de place à l’équipe créative pour développer les personnages secondaires. Roscoe s’affirme en jeune homme sûr de ce qu’il est, Monica cherche à mener une vie normale pour mieux s’occuper de son fils, sans drogues ni excès. Les membres du pod partent dans différentes directions à la fin de la saison 2, résultat d’évolutions personnelles atteignant leurs apogées. Doug (Josh Lawson), l’éternelle victime, se marie et s’émancipe, Clyde (Ben Schwartz) quitte le navire pour aller travailler chez Monica et Jeannie reste à Galweather avec son propre pod. Marty se retrouve alors seul au sein de sa nouvelle entreprise.

House of Lies quitte dès lors définitivement ses habits de lumière pour nous dévoiler le vide en chaque membre du groupe. La saison 3 reprend les codes de la précédente, voyant les personnages principaux répéter les mêmes erreurs, sans se rendre compte que chaque tour de plus dans le cercle vicieux leur fait perdre un peu plus de leur humanité. Effrayés par le calme, ils préfèrent s’en remettre au chaos, qu’importent les conséquences. Le show devient alors une farce tragique, où les personnages ne parviennent pas à échapper à la fatalité de leur condition humaine. Clyde souhaite à tout prix se racheter aux yeux de Marty, quitte à sombrer dans une relation destructrice avec une cliente (Eliza Coupe) qu’il souhaite amener à Kaan and Associates. Doug met en danger son mariage par attirance pour Caitlyn (Genevieve Angelson). Monica continue de sombrer alors que Roscoe se retrouve confronté à l’amour. Sa relation avec Lex (Bex Taylor-Klaus), jeune fille androgyne, est traitée avec finesse sans toutefois atteindre tout son potentiel. Enfin pour Jeannie la situation se révèle plus tragique.

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Roscoe, le personnage le plus intéressant de la série

L’hypothèse d’une relation amoureuse Jeannie/Marty n’a jamais fait de doute. Mettant en scène deux personnes cassées, rongées par le pouvoir et l’ambition, elle bénéficie d’une écriture excellente, profitant également de l’incroyable alchimie entre Don Cheadle et Kristen Bell. En fin de saison 3 on pense que les deux personnages  vont enfin trouver un petit coin de tranquillité, quelque chose de sain dans leur monde gangréné par les mensonges, la corruption et le pouvoir. Comme dans une pièce de Racine cependant, l’amour est impossible et la fatalité impassible. Les actions de Jeannie en milieu de saison, alors aveuglée par le pouvoir et sa rancœur envers Marty, trouvent leurs conséquences et tout s’écroule, comme dans un cauchemar.

Marty se retrouve alors destitué de son entreprise avec possibilité d’aller en prison. Le dernier plan de la saison le montre seul dans le désert brûlant, décochant un sourire vide de tout bonheur à la caméra. Trahi par la seule femme qu’il n’ait jamais aimé, sa solitude et son désespoir, accompagnés d’une bande son envoutante, prennent aux tripes. Toute l’évolution qu’a connue House of Lies trouve ici son apogée.

Pour Marty, le constat est sans appel : sa vie lui a causé souffrance, désaveux de ses derniers idéaux et une solitude infinie. Va-t-il réussir à s’échapper du cercle ou alors va-t-il s’enfoncer un peu plus, quitte à se perdre définitivement ? Réponse en janvier 2015.