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De gauche à droite: Logan Echolls, Veronica Mars, Keith Mars, Wallace Fenell, Cindy « Mac » Mackenzie, Eli « Weevil » Navarro

Depuis Les Frères Scott je dois avouer être légèrement réfractaire au genre utilisé tellement  de fois par la CW qu’on penserait qu’ils n’auraient plus rien à dire depuis le temps : le teen show. Des ficelles scénaristiques ressemblant plus à des nœuds de marins, des triangles/carrés/pentagones amoureux qui s’entremêlent en même que temps que les pinceaux des scénaristes s’emmêlent et des acteurs bien plus vieux que le rôle qu’ils sont sensés jouer. Malgré tout cela, ma série de l’été reste, et restera, un teen show.

Veronica Mars présente beaucoup de caractéristiques du genre, ayant été d’ailleurs diffusée sur UPN pour ses deux premières saisons avant de « muter » sur la CW pour sa dernière. J’ai pourtant plongé dans l’aventure, motivé et intrigué par son côté « culte », qui me rappela  avec émotion Chuck, l’une de mes séries favorites. Après 64 épisodes engloutis en l’espace d’un mois, auxquels on rajoutera une comparaison avantageuse envers Pretty Little Liars, (oui je regarde ce show, c’est pour le travail), rien à dire excepté que je suis devenu un Marshmallow (le surnom des fans de la série).

Créée par Rob Thomas, Veronica Mars est une série bien plus intelligente qu’elle ne s’en donne l’air au premier abord. La première saison avait comme intrigue principale de résoudre le meurtre de Lilly Kane (Amanda Seyfried), la meilleure amie de Veronica (Kristen Bell). L’investissement émotionnel était alors total puisqu’il touchait directement à notre héroïne et ces 22 épisodes furent une réussite tant dans sa manière de développer ses personnages que de dépeindre la vie remplie de corruption et de faux-semblants inhérents à Neptune, ville fictionnelle de Californie où la classe moyenne n’existe pas. La saison 2 s’arqua également autour d’un grand mystère et, si l’histoire fut complexe et riche, l’intrigue se résolut de manière simpliste. Enfin la troisième saison s’exila à l’université et se divisa en trois parties, avec deux petites intrigues et 5 derniers épisodes stand alones. Cette dernière est très souvent considérée comme un échec relatif. Ce n’est pourtant pas que les intrigues ne manquaient pas de piquant. Le problème résida  surtout dans le cloisonnement des personnages, alors que leur force avait toujours été leurs interactions continuelles.

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Veronica Mars a toujours été portée par ses personnages. Kristen Bell vole bien évidemment la vedette à tous ses autres partenaires, campant une héroïne forte, oscillant entre candeur enfantine et maturité. Logan Echolls (Jason Dohring) tient bien la comparaison en jeune homme psychotique et torturé, alors qu’a contrario Duncan Kane (Teddy Dunn) apparaît comme fade et ne s’impose pas en intérêt amoureux crédible pour Veronica. Le même constat s’applique pour Piz (Chris Lowell), même si ce dernier apparaît comme plus sympathique. Il n’est alors pas étonnant de voir que ce sera le couple Logan/Veronica (LoVe pour les shippers) qui constituera la relation amoureuse la plus crédible. Les personnages secondaires tels que Wallace (Percy Daggs III) et Mac (Tina Majorino), meilleurs amis de Veronica, se retrouvent trop souvent relégués au simple rôle de sidekicks.

Ce qui fait de Veronica Mars un teen show plus intelligent que beaucoup d’autres est que le cœur de la série ne réside pas dans une ou plusieurs relations amoureuses, mais bel et bien dans la relation père-fille. Keith Mars (Enrico Colantoni) fut le sheriff de Neptune mais, poursuivant sans relâche Jake Kane pour le meurtre de sa fille, il se mit toute la ville à dos. Veronica, appartenant alors au « club » des gens populaires, soutint son père et se retrouva comme une paria. Les deux acteurs possèdent une alchimie exceptionnelle et leurs échanges comportent nombre de répliques savoureuses. Ils donnent à la série toute son humanité et son humour et il est finalement assez normal qu’une fois que Veronica soit partie à l’université, les échanges se faisant plus rares, la série perdit en qualité.

Veronica Mars a également des choses à dire et à dénoncer. Etant corrompue jusqu’à la moelle, Neptune est un parfait terrain de jeu pour les scénaristes.  Elle s’attaque à de nombreux sujets difficiles à aborder et essaie de les traiter avec le recul et la sensibilité que certains requièrent. Encore une fois la troisième saison se révèle trop moralisatrice et manque cruellement de finesse. De manière générale cependant, Rob Thomas et son équipe réussissent à instaurer une atmosphère noire autour de la série, tour de force d’autant plus remarquable  que l’on parle toujours d’un teen show.

Enfin la plus grande qualité de la série a été de mettre une jeune fille en tant que personnage principal. Avant Veronica Mars il n’y avait que très peu de shows tournant autour d’un personnage féminin et depuis la fin de la série (2007), nombre de scénaristes se sont inspirés de cette série et de la porte qu’elle avait alors enfoncée. Aujourd’hui, à l’âge d’or des séries, nous observons de plus en plus de shows avec une femme en personnage principal.

Si elle a souffert de sa dernière saison très inégale ainsi que son épisode final qui n’était pas sensé en être un, Veronica Mars se démarque d’énormément de séries pour adolescents. Intelligente, sassy et n’ayant jamais peur de prendre des risques, elle est à l’image de son héroïne : highly enjoyable.