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Punaise de bordel de fichtre. They did it again. Après Novi Sad en 2005, Vilnius en 2011 et Ljubljana en 2013, l’Equipe de France de Basket en cette soirée du 10 septembre a conquis Madrid, boutant hors de leur propre salle le pays hôte, l’Espagne, par le score de 65 à 52. Ils ont réalisé le match parfait, éliminant une armada rouge incapable de trouver une solution au rideau de fer churchillien proposé par Vincent Collet et retrouveront la Serbie vendredi à 22h, une équipe qu’ils ont battue au premier tour. Un début de match canon orchestré par Boris Diaw (11-2), suivi d’une forte réponse espagnole par l’intermédiaire de Juan Carlos Navarro (11-10) : le match est  lancé. Les Espagnols sont maladroits et à trop vouloir se reposer sur l’adresse extérieure, l’attaque française se crispe et devient trop prévisible, incarnée par un Thomas Heurtel qui passe trop de temps à dribbler. Comme souvent dans ces cas-là, c’est par la défense que les Bleus trouvent leur salut. Leur technique en triangle dans la peinture perturbe grandement les Espagnols et comme Fernandez et Rodriguez shootent avec des moufles, la France reste au contact et même à égalité à l’issue du premier quart temps (15-15). Le match continue sur le même rythme de traînard lorsque soudain Rudy Gobert sort de sa boîte. Par deux dunks féroces (dont l’un pour conclure une action qui sera probablement dans le Top 10 de la compétition) il maintient la France en tête, rajoutant même des prises de positions affirmées au rebond face au trident Ibaka-Pau Gasol-Marc Gasol. L’entrée en jeu de Calderon fait beaucoup de bien à l’Espagne, permettant de mettre enfin du rythme. Le reste de l’équipe reste pourtant amorphes et n’arrivent pas à se dépêtrer du bourbier français, à l’image d’un dunk raté d’un Serge Ibaka transparent. La défense française tient le choc, aucun panier n’est facile et les Espagnols doivent lutter, une première pour eux dans cette compétition. A la mi-temps le score est de 35 à 28 en faveur des Bleus et c’est une moindre peine pour la Roja, dont l’absence de leader offensif défini dans l’équipe aura considérablement perturbé le jeu. Au retour des vestiaires cependant l’histoire ne se répète pas. L’Espagne met à son tour les barbelés en défense, poussant les offensives françaises au bout des 24 secondes. Le public commence enfin à rugir et l’on commence à craindre le pire pour nos Bleus. Boris Diaw branche l’arrosage automatique et est trop facile, comme à ses moins belles heures. Heureusement pour la France, les offensives espagnoles sont stéréotypées : dès qu’ils sont en difficulté, ils s’en remettent à Pau Gasol, essayant tant bien que mal de maintenir son équipe à flot en créant pour lui et pour les autres. Les Français ne marquent plus, la tension est à son paroxysme et inévitablement les esprits s’échauffent. Flo Piétrus prend même une faute antisportive pour avoir tâter de sa main le visage de Llull et Vincent Collet y va de sa faute technique.  L’Espagne passe même devant en toute fin de troisième quart-temps à la suite d’un sublime alley-oop ligne de fond de Rudy Fernandez (43-42). Place au money time. 4718089 L’atmosphère gagne encore quelques degrés lorsque les deux équipes commencent le quatrième quart-temps à se rendre coups pour coups. Evan Fournier continue sa montée en puissance et offre un petit matelas à la France avant de servir Boris pour un trois points de patron. C’est à ce moment-là que choisissent d’émerger les deux héros providentiels de l’Equipe de France : Thomas Heurtel et Rudy Gobert. Alors que la France est devant à quelques minutes de la fin, ce dernier prend rebond sur rebond, imposant une force physique dans la peinture, se permettant même de contrer Pau Gasol. Heurtel, en bon joueur du championnat d’Espagne qu’il est, se charge d’achever le taureau blessé par un trois points donnant huit point d’écart aux Bleus (60-52), devenant tout d’un coup l’homme le plus recherché d’Espagne. Les Espagnols bâclent leurs dernières possessions à trois points, la France achève le travail aux lancers-francs et, comme un symbole, Pau Gasol sort, exclu pour cinq fautes, à cinquante secondes de la fin. La tête et les épaules basses, laissant son équipe orpheline et la France triomphante. Basket-les-Bleus-ramenes-a-la-realite-contre-l-Espagne-selon-Collet_image_article_large L’Equipe de France vient de réaliser l’un des plus gros exploits du sport français. Terrassant l’armada espagnole chez elle, sans Tony Parker qui plus est, elle a démontré à toute la planète qu’elle est capable de réaliser les plus grands des exploits. Devant Iker Casillas et Sergio Ramos les Bleus étaient galactiques ce soir et Vincent Collet a le premier rôle dans cette démonstration de solidarité et de courage. Trop souvent décrié et moqué, il a donné une leçon tactique à son opposant espagnol et rappelle aussi à ceux qu’ils l’avaient oublié que son sens du jeu ne possède que très peu d’égal en Europe. Son équipe jeune, inexpérimentée et devant faire face à de nombreuses défections et forfaits se repose sur une identité forgée au fur et à mesure des compétitions et un plan de jeu qui, si respecté à la perfection, peut la faire rivaliser avec toutes les équipes du monde, quelques soient les absents. Cette année Collet a de nouveau instigué une défense de fer, tandis que l’attaque se révèle moins cadrée que les années précédentes, comptant sur la fougue des jeunes et l’expérience des cadres (notamment un Boris Diaw patron et un Mickael Gelabale froid comme une lame). Comme pour montrer qu’elle avait définitivement mûri, cette équipe n’a célébré sa victoire qu’une minute. Pour envoyer un signal aux trois équipes restantes que ce match n’était qu’une étape vers de plus grands exploits. Les Bleus ont réussi l’impensable, et la lumière de leur exploit va longtemps briller dans la nuit de Madrid.