Jesus 1

                                                       

 Les scénaristes de la Bible, premiers spoilers

Vous êtes-vous déjà faits spoilés ? Ressentis, puis réprimé ces envies de meurtres envers le c****** qui vous a gâché l’épisode 236 de Plus Belle la Vie ? N’ayez crainte, le spoil n’est pas aussi méchant qu’il n’y paraît.

En cette ère d’Internet tout puissant et omniscient il devient de plus en plus difficile de rester éloigné des affres du spoiler. Le Red Wedding de Game of Thrones, la mort du Gouverneur dans The Walking Dead ou encore la participation de José le Pêcheur à Brutal Anal 4, tous sont des moments du type « ow shit man », ces instants auxquels nous sommes censés ne pas nous attendre, se retrouvant au final ruinés par la grâce de nos (anciens) amis.

Je ne comprendrais d’ailleurs jamais pourquoi ces bandes de gens prennent plaisir à spoiler les autres. Complexe d’infériorité ? Envie irrépressible d’être sadique ? Maladresse ? Qu’elles qu’en soient les raisons profondes, inutile de préciser que le spoil représente une source de frustration extrême, surtout concernant les séries que l’on aime. Pourtant, même si je pense toujours que spoiler Joséphine Ange Gardien déclenchera la Troisième Guerre Mondiale, être mis au courant à l’avance de ce qui va se passer n’est pas une fin du monde en soi et ne mérite surement pas qu’on en fasse tout un fromage.

Ce point de vue peut interpeller. Le principe même des séries est de nous surprendre, de nous proposer des moments auxquels on ne s’attend pas. Si on leur enlève ça, quel intérêt subsiste alors ? Eh bien tout le reste. Personnages, dialogues, ambiances, musiques, plans divers et variés. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. On ne se concentre plus uniquement sur l’intrigue, mais sur des paramètres satellites accroissant notre compréhension de la série dans son ensemble. La déception fait une belle place à la curiosité ainsi qu’à des intérêts plus diversifiés. Apparaît dès lors un autre monde, où la terre est ronde, où la lune est blonde et où la vie est féconde (et accessoirement où dansent les ombres du monde).

Je m’explique. Ayant été spoilé plus de fois qu’il n’aurait fallu pour ma santé mentale, j’ai appris à profiter des avantages de connaître ce qu’il va se passer à l’avance. Tu contrôles l’épisode et, comme tu sais quand la surprise va arriver, tu te concentres sur comment elle va arriver. Tu deviens omniscient, tu envahis un monde que tu ne connais pas, tu délaisses les crétins asservis du même monde que toi et désormais tu frimes parce tu comprends les mécanismes de ta série, n’étant plus abasourdi que l’auteur du crime se révèle être le Colonel Moutarde dans la cuisine avec le chandelier. Ceci est bien évidemment une vision libre de droits.

Pour accompagner mon point de vue d’une touche de sérieux, voici un exemple: la mort de Moira Queen dans Arrow. Moira était intelligente, compétente, ambitieuse. Elle prit quelques raccourcis – souvent violents – pour arriver à ses fins et protéger ses enfants, jusqu’à ce qu’elle finisse par payer. Quelqu’un m’avait dit, quelques heures avant le début de mon visionnage, que le personnage ne survivait pas à l’épisode. Bien qu’ayant eu de prime abord une envie pressante de lui faire subir le même sort, j’ai profité de l’opportunité pour tenter de deviner comment elle avait bien pu mourir. Voir qu’elle commençait sa rédemption, qu’elle se réconciliait avec ses enfants, qu’elle semblait libérée de toutes ces fautes, pour finalement mourir à la suite des erreurs de son fils décupla ma satisfaction quant au visionnage de l’épisode, bien plus que si j’avais été surpris par sa mort.  Une force tragique se dégagea de l’épisode, comme lorsque l’on lit une pièce de Racine, en livre ou en format Kindle. Malgré tous ses efforts, le personnage meurt, ne sachant pas qu’il est dans une série télé, où alea jacta est demeure le mantra sacré.

Arrow 1

                                                                 Oliver Queen, profitant d’un barbecue familial

Ma vision est personnelle ainsi que très « verre d’eau à moitié plein ». Il est en revanche certain que le spoil sera toujours mal vu dans notre société de sérivores. Parce qu’il faut bien le dire, c’est quand même un coup de salope du sexe que de nous révéler que Lord Branburry était l’assassin des rhododendrons de Mrs. Butterfly dans l’épisode 6 de la saison 4 de Woodworthy Manor. Dans un monde où Sciences Po ne serait ni élitiste, ni snob, ni adepte du bachotage ad nauseam on laisserait peut-être le choix aux gens de savoir à l’avance ce qu’il va se passer. Vu que ce monde n’existe pas et que les gens ne sont que des vieilles canailles (ou de vieux chameaux  c’est selon), alors, encore sourd du spoil de la veille, on reste chez nous pour oublier tous nos problèmes, on fait chauffer The Pirate Bay et on regarde nos séries télés.