Vous savez ce qui est chouette avec l’été ? C’est qu’il vous dégage largement vos journées, tant et si bien que l’on finit par n’avoir presque plus rien à faire, si ce n’est rien à faire du tout, et vous laisse bêtement face au reflet de votre visage abêtit par l’indolence, sur l’écran de votre ordinateur. Et, si vos capacités cognitives n’ont pas trop été atteintes par cet état végétatif profond qui dévore peu à peu toute notion d’orgueil, c’est dans ces moments horriblement vides de substance, que vous vient la brillante idée d’atteler votre créativité – ou ce qu’il en reste après des heures de flemme léthargique – à la réalisation d’un travail quelconque qui tout en ayant une utilité en soi, sera le salut de votre âme abrutie par la chaleur et l’inaction. Faire du sport, peut être… Se mettre à la cuisine malgré un manque flagrant de goût ou d’intérêt pour la chose culinaire. Ou même, en désespoir de cause, écrire un article vague et confus pour la gazette en ligne de votre université, sur un sujet raflé au hasard, aux grés des nombreuses activités passives auxquelles on s’adonne à cœur joie depuis son canapé. Tout particulièrement ces reliques télévisuelles dont regorge le web, ce partenaire de toujours dans ces journées sans histoire ni passion, qui font la joie de plus d’un geek paradisé en mal de divertissement.

Car voici le réel sanctuaire de ces longues journées estivales, trop chaudes et trop lourdes pour être passées en dehors de l’ombre rafraichissante de quatre murs et à plus de cinq mètres d’un réfrigérateur : un ordinateur doté d’un connexion internet haut débit, clé véritable vers le royaume du net. Dans ce monde fabuleux là, vous trouverez bien des sources d’égaiement, certaines plus démoniaques que d’autres, allant du diabolique candy crush aux plus belles bêtises du web, comme l’usine virtuelle du cookie, ou encore le très classique angry birds, qui seront le sel et le poivre de vos journées agonisantes passées à rafraichir toutes les trente-sept seconde votre page Facebook. Mais faisons fi de ces abominations là, pour nous pencher sur une forme d’occupation plus alléchante, qui vous collera très vite à la peau une fois effleurée. Alors si vous aussi vous en avez marre de la tyrannie de l’astre solaire, si vous aussi vous ne pouvez supporter une seconde de plus d’ouvrir l’œil à la treizième heure du jour pour prendre un paresseux déjeuner avant de piquer du nez de plus belle au cœur de l’après-midi ; si vous aussi vous souhaitez en finir avec ce lugubre déjà-vu qui hante vos semaines, alors poursuivez vaillamment la lecture de cet article qui vous a déjà certainement arraché quelques bâillements, et parlons si vous le voulez bien… des webseries.

Pus spécifiquement, les webseries françaises, car ce n’est pas le tout de se foutre de la gueule du monde, mais on va pas non plus manger 100% ricain en terme de visionnage télévisuel. M’étant moi même égaré au cours des dernière semaines, sur le sombre chemin du paresseux au baobab dans la main, et n’ayant plus le moindre de ces régals de l’esprit que nous pondent les chaînes de télévision Américaine à me mettre sous la dent, je me vis contraint à explorer les arcanes jusqu’alors délaissées d’internet, et déterrer les merveilles insoupçonnées que sont les webseries (françaises, encore une fois, j’insiste !). Dubitatif au premier abord, je m’attaquais donc sans grande conviction au pilote de la très populaire série de François Descraques, Le visiteur du futur… Cinquante-sept épisodes plus tard, à demi apoplectique et complètement explosé de fatigue, j’en concluais tout de même que la série avait tout de même dument mérité sa réputation d’œuvre spectaculaire, triquante au possible, et je commençais aussitôt à pourchasser d’autres de ces pépites sacrées, convertis à 200% à la sainte église de la série internet. Mais avant de nous étaler, parlons donc de ce fameux visiteur du futur.

Raph est un jeune adulte sans histoire, pour le moins désœuvré dans vie en dehors de ses cours de fac (l’histoire est jusqu’ici très familière) qu’il passe en compagnie de ses potes Tim et Léo, eux aussi normaux au possible. Jusqu’au jour où survient dans sa paisible existence un type débraillé visiblement tombé du ciel aux airs de survivant d’une apocalypse lointaine, et qui commence à parasiter la vie du pauvre Raph, l’empêchant de manger sa malheureuse pizza ou jeter sa canette dans une poubelle en prédisant systématiquement de lugubres cataclysmes s’il venait à ne pas suivre ses conseils. Ce parasite, qu’on surnomme le visiteur parce qu’il a vraiment un prénom de merde, débarque en fait tout droit du futur, et commence très vite à entraîner contre son grès Raph dans cette spirale de science-fiction mêlant légèreté, humour, occasionnel sérieux, complot, robot mégalomane, brigade temporel et bien entendu, voyage dans le temps. A première vue, le visiteur du futur, qui semble être le fruit d’un bon gros délire entre potes cuités, est d’une richesse formidable. Les running gags sont abondants, les références omniprésentes et les rires constants tant on se poile devant Mathieu Poggi et Slimane-Baptiste Berhoun se répandant dans leurs rôles à demi sérieux, demi pitres de brigadier alcoolique et de « robot humaniste ». A bien y regarder, elle l’est davantage encore, et à plus forte raisons dans les saisons ultérieures qui offrent une œuvre plus rassemblée et moins décousue, et donc plus concentrée sur un fil narratif précis. Résultat ? Une histoire passionnante, touchante, mais surtout drôle, qui sait vous arracher des larmes quand il le faut et active instantanément le nerf de l’accro qui sommeille en vous.

Louis 1

Nan mais regardez moi cette tête de winner ~ Florent Dorin incarne le Visiteur

Avec son casting de choc (parmi lesquels les désormais notoires Raphaël Descraques, Florent Dorin et Justine le Pottier), la réalisation imbattable du génial François Descraques (oui, sa sent le népotisme) et un scénario prenant de la première saison à la quatrième – qui, espérons le, n’est pas la dernière – le visiteur du futur sauravous emporter dans un monde fabuleux, loin des longues journées d’été, où l’on se déplace comme des débiles entre deux époques  pour changer le cours du temps, et où l’on affronte zombies, policiers temporels et autres clochards du futur avec un esprit tantôt léger tantôt dramatique. Alors faites chauffer le pc, ruez vous sur youtube, et préparez votre sceau à caca car l’aventure sera longue ! Les fans, je l’espère, comprendront ce dernier commentaire plutôt que de me cracher à la gueule pour zouaverie journalistique.

Seulement après avoir été confronté au comique d’expression excessif de Dorin, à l’impuissance manifeste de Raph et à la poigne vénérée de le Pottier, trouver une nouvelle série pour vous occuper sera un défi… de taille. Mais ne paniquez pas ! Vous avez aimé Matteo et le Docteur Henri Castafolte au point de ne plus pouvoir les quitter ? Le gentil Slimane-Baptiste Berhoun a pensé à vous, en concoctant une série bien à lui, d’un genre complètement différent… mais qui verra le retour de la plupart de ces acteurs que vous aurez appris à aimer. J’ai nommé : J’ai jamais su dire non.

Louis 2

Slimane-Baptiste Berhoun dans le rôle de Tom, et Mathieu Poggi dans celui de Mitch

Tom est un type droit dans ses bottes, avec un job, un appart, une copine, un boulot. Mais il y a un problème, quasi-pathologique : il ne sait pas dire non. Résultat, il n’arrête pas de se faire marcher sur les pieds, et comme on peut le comprendre, cela finit par lui jouer des tours quand il couche à contrecœur avec sa patronne, est successivement quitté par sa copine, puis finalement parasité par Mitch, son pote ressortit de nul part qui vient habiter chez lui avec un sans-gêne qui force le respect. Voyant le cas critique de faiblesse de son ami et concurremment « hôte », Mitch décide de lui venir en aide, en lui apprenant à avoir des balls (sic). Commence alors pour Tom la loufoque et hilarante Psycho-Balls-Therapy (by Bibi) censée remettre Tom sur le droit chemin, mais qui finira par le foutre dans une merde toujours plus cocasse. Dans un genre complètement différent du Visiteur du Futur, cette série plus courte (moins de deux heures en tout) et d’une seule saison saura meubler vos heures de trou avec le rire franc si plaisant de l’humour frais, pas imbu de soi-même pour un sou, et pourtant si simple. Berhoun et Poggi à leur meilleur nous offre une série dont la réelle richesse reste le jeu d’acteur et l’art de la réalisation filmographique. Avec des apparitions plus ou moins fréquentes – mais toutes inoubliables – de Florent Dorin et François Descraques, ainsi que Christophe Barberon dans le rôle d’un collègue de Tom avec « un charme de bâtard » tout simplement à mourir de rire, cette série vous contentera tellement que vous la re-regarderez deux ou trois fois, jusqu’à la sortie – très attendue – du spinoff prévu début 2015, d’ores et déjà baptisé, La Théorie des Balls.

Ces petits coups de cœurs très personnels que je partage avec vous furent réellement un des grands plaisirs de cet été, toujours aussi amorphe mais moins morose qu’à son habitude, et j’ose espérer qu’après l’ardue lecture de cet article avec une forme excessive mais un bon fond (comme le visiteur, soit dit en passant), vous vous aventurerez vers ce petit coin de paradis. Et qui sait ? Vous y prendrez peut être autant de plaisir que moi lors de mes premiers visionnages tout d’abord sceptiques, puis très vites émerveillés de ce perles si simples, mais inestimables, du net.

Louis 3

Oublie pas ton sceau, madafaka ~ De gauche à droite, Raphael Descraques, Slimane-Baptiste Berhoun, Florent Dorin, Mathieu Poggi, Justine le Pottier.