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La vie en rose

La vie en rose

Comment peut-on imaginer que Robin (fuckin) Williams ait pu se suicider ? Qu’un homme qui nous apportait tellement de rires, de bonne humeur et d’espoirs en une vie meilleure n’en puisse plus de celle-ci au point de se l’ôter ? La nouvelle provoqua un choc considérable aux Etats-Unis (où 1 Américain sur dix est touché par la dépression) mais je peux comprendre pourquoi Ms. Doubtfire en soit arrivée là.

Chienne de vie. La dépression a encore une fois permis à la mort de récolter son dû. Pourtant le sujet n’est que rarement abordé. Il est toutefois crucial. C’est une maladie, dont beaucoup n’en ressortent pas entiers, encore moins vivants.  Ce n’est pas juste une humeur ou un état de mal-être, ça vous prend aux tripes, ça vous fait chialer sans raisons et surtout ça vous fait envisager la mort de manière répétitive.  On a beau en parler, tenter de se remettre en selle avec l’aide d’amis, famille ou encore spécialistes, la maladie n’est jamais loin et surtout ne disparaît jamais.

Je suis tombé en dépression assez tôt dans ma vie. Quand j’ai lu l’article de The AV Club portant sur Robin Williams et la lutte quotidienne pour rester en vie, il fallait que j’écrive. Pour exorciser un mal qui revient çà et là. Cette saloperie vous pousse à ne rien dire à vos proches, de peur de les encombrer d’un mal qui n’est pas le leur. Vous vous renfermez sur vous-mêmes, vous ne souriez plus, ou alors juste pour rassurer vos parents qui ont dédié leurs vies pour que vous soyez heureux. Le cœur n’y est cependant pas. Le tunnel n’a jamais été aussi long et lugubre, et vous êtes en rade de feux de croisements. Vous n’y voyiez plus rien et plus vite qu’il ne faut pour que vous ne le réalisiez, ce tunnel est devenu votre vie.

Le point de départ fut amoureux et amical. Morts soudaines, décès de mon cœur. J’ai été voir un psy, sans que mes parents ne le sachent. J’ai vite refusé son aide. Pas prêt à déballer tout ce que j’avais sur le cœur, ne comprenant pas ce qu’il m’arrivait. Pas encore. Immature, sûr de moi, pas besoin d’assistance, « t’es un warrior » je me disais. Je  peuxrégler ça tout seul, comme un grand. Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça. Très vite tout a commencé, tout s’est dégradé, tout a dégénéré. J’ai sombré, coulé, jusqu’à ne plus voir d’intérêt à la vie. Le suicide est apparu comme une possibilité, pas assez de courage. Alors on se terre, ne parlant pas ou alors du bout des lèvres, souffrant sans avoir mal. On inquiète ses amis, sans le vouloir mais souhaitant ardemment qu’ils remarquent notre douleur sans une parole de notre part. Contradiction constante, impossibilité de trouver les bons mots. Je croyais m’en être sorti, sans jamais pourtant avoir regardé la maladie dans les yeux. Une année est passée, sans que j’aille bien, sans que j’aille mal non plus. Statu quo, état d’esprit incertain, funambule toujours sur au bord du précipice, qui ne demandait pourtant qu’à tomber.

Le déclencheur fut amoureux. Un échec avec une fille, un lapin posé par une autre et le fragile édifice s’est effondré. A nouveau la maladie refit surface Cette fois-ci elle frappa fort. Dans le corps, dans le cœur, dans la tête. De nouveau ce tunnel. Encore plus sombre. L’issue était inévitable, comme gravée dans le marbre. Suicide. Comme un mantra. Suicide. Résonne dans ma tête. Me persuade. Chercher le bon moyen. Se couper les veines ? Trop salissant. Risque de se louper. Sauter du haut d’un toit ? Risqué. Somnifères ? Façon tranquille et digne de mettre fin à une vie sans once de dignité. Ding ding ding ! On a trouvé notre gagnant. Manque de bol, le lendemain sonna le réveil. Même pas un rêve. Plutôt la continuation du cauchemar. T’as même pas réussi à te suicider. Pauvre merde. Tu n’arrives décidément à rien. J’aurais pu le penser.

Sauf que non. Intervention divine, karma, inch’allah. Qu’importe la dénomination, j’étais en vie et je comptais bien le rester. Electrochoc. Remise en question et en selle.  Je suis retourné chez le même psy, acceptant la main tendue. Retroussage de manches. On enfile le bleu de chauffe. On souffre. On perd des batailles. On rechute. On rit. On pleure. On hait. On aime. On vit.

Je suis chanceux d’être vivant aujourd’hui, surtout sans anti-dépresseurs. D’autres ne le sont plus. Mon meilleur ami, Robin Williams et bien d’autres encore. Frappés par une maladie qui a bien failli me terrasser. Reposez en paix. Je n’affirmerais pourtant pas avoir battu l’avoir battue. Cela serait présomptueux. J’ai néanmoins arrêté la thérapie. Pourquoi ? Parce que j’ai réussi à ne plus laisser la maladie contrôler ma vie. Le doute et la crainte de rechute seront toujours là à me toiser. Mais carpe diem. Je vis avec, me foutant ouvertement de leur gueule en me lançant tête baissée au risque d’être déçu. J’ai beaucoup souffert dans ma vie. Malgré tout, non rien de rien, non je ne regrette rien. Car ma vie, mes joies, aujourd’hui ça commence avec moi !