Home Sport Cleveland ou quand médiocrité rime avec succès

Cleveland ou quand médiocrité rime avec succès

Cleveland ou quand médiocrité rime avec succès

Le 11 juin 2014, LeBron James, le King, l’enfant chéri d’Akron, Ohio, ville très pauvre située à 50 kilomètres de Cleveland, chamboula le microcosme NBA en retournant chez lui, comme il l’a annoncé au travers d’une longue et émouvante lettre à Sport Illustrated.  James a déjà joué 7 ans à Cleveland, de 2003 (l’année de sa draft) à 2010, année où il décida, show télévisé à l’appui, « d’exporter ses talents à South Beach » avec ses potes Dwyane Wade et Chris Bosh, récoltant au passage deux titres en quatre saisons. Le président de la franchise, Dan Gilbert, l’incendia par l’intermédiaire d’une lettre ouverte tandis que quelques fans brûlèrent le maillot de l’idole déchue. Cleveland replongea dès lors dans la sinistrose, dont seul LeBron lui-même avait réussi à la sortir. Aujourd’hui les Cavaliers se retrouvent avec une équipe jeune et ambitieuse, prête à tout dévorer sur son passage. Cependant je ne trouve pas ça normal que cette franchise si médiocre, ayant accumulé les erreurs en tout genre, se retrouve aujourd’hui à nouveau sur le haut de l’affiche grâce à la même personne décriée depuis 4 ans.

Il faut dire que les Cavs entretiennent ces dernières années une réussite à faire pâlir Mark Zuckerberg. Depuis le départ du King à Miami, ils ont accumulé trois First Pick à la draft, le dernier en date étant la superstar to be Andrew Wiggins fin juin 2014. Malgré cela le Front Office a été tellement incompétent que leur franchise n’a plus atteint les playoffs depuis l’ère LeBron. C’est une macédoine d’erreurs, qui rend la salade proposée par leur équipe encore plus indigeste. Que de mauvais choix à la Draft (les fans de la franchise diront « que de paris »), de contrats boulets et de guerres d’égo. L’année dernière pourtant les Cavs ont longtemps lutté pour une place en playoffs ; ils échouèrent et ce malgré un effectif de qualité ainsi qu’une conférence ultra affaiblie.

Le problème n’est pas que Cleveland n’arrive pas à atteindre les playoffs, non c’est plutôt qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de répéter les mêmes erreurs encore et encore. Mike Brown, alors qu’il était une des raisons pour lesquelles LeBron quitta Cleveland, fut réengagé par le Front Office l’année dernière. Sans l’enfant prodigue, les systèmes offensifs tournèrent à la gabegie. De l’individualisme plein pot, des têtes qui gagnèrent en volume et une fluidité qui s’estompa peu à peu.  Pour exemple Kyrie Irving, le meneur de jeu, n’a pas encore acquis le statut de star, malgré un talent certain.  Il demande pourtant le contrat maximum alors qu’il ne s’est pour l’instant pas montré capable d’assumer le statut qu’il s’auto-administre. Des rumeurs concernant des incompatibilités d’humeur entre Dion Waiters et Kyrie Irving, encore lui, ont été relayées au fur et à mesure que la saison s’éternisait pour les Cavs et leurs fans.

Dès lors, et il faut bien se rendre à l’évidence, Cleveland est une franchise qui respire la loose. Il est certes facile et déloyal de tirer sur une ambulance, les dirigeants de la franchise n’ayant eu de cesse de donner le bâton pour se faire battre. Cependant dès le début de l’intersaison, on a pu sentir du changement. Exit Mike Brown ainsi que le General Manager et bonjour David Blatt, légende reconnue du coaching en Euroligue ainsi qu’en équipe nationale de Russie, qu’il amena au titre de championne d’Europe en 2007. L’équipe telle qu’elle, renforcée par Wiggins, est jeune, plutôt bien agencée ainsi qu’extrêmement prometteuse.   Toutefois, ils n’ont pas pu s’empêcher de la détruire pour pouvoir accueillir LeBron. S’il voulait vraiment revenir et s’il est bien le meilleur joueur du monde, LeBron va revenir dans une équipe profondément déséquilibrée. Pas de pivots et plus de banc. En outre on peut se demander comment Wiggins va s’habituer à jouer d’abord arrière avant de progressivement aller au poste d’ailier. Peut-être qu’il n’aura finalement pas à le faire, Cleveland lorgnant vers Kevin Love, un des tout meilleurs ailiers forts actuels. Je ne vais pas m’étendre sur combien Love est un opportuniste fini et que sa venue à Cleveland renforcerait un sentiment lancinant en moi comme quoi LeBron est obligé de s’entourer des meilleurs pour gagner. Seulement pour l’obtenir, ils devront lâcher Wiggins. Honnêtement je serais d’avis pour qu’ils l’envoient à Minnesota. Leur équipe serait alors bien plus équilibrée et ferait immédiatement très peur, et ce malgré l’absence d’un banc.

Cleveland est donc une franchise frustrante, de par sa chance et son incompétence. Je suis honnêtement de tout cœur avec les fans de la franchise et je suis plus qu’heureux que LeBron soit revenu, pour qu’il redore quelque peu le blason d’une franchise qui décrépissait sans lui. Personnellement, si je vois Cleveland tout en haut de la ligue pendant un bon bout de temps (mais pas dès cette année), je ne pourrais m’empêcher de douter de la capacité du Front Office à construire une équipe sans LeBron. Il est évidemment difficile de se remettre du départ du meilleur joueur du monde, mais la transition aurait mieux due être négociée. Aujourd’hui j’attends avec impatience de voir le prochain move de Cleveland concernant Kevin Love. Les dirigeants et David Blatt ont aujourd’hui une pression gigantesque sur les épaules car, pour la première fois depuis la première injure raciste de Donald Sterling, ils ont toutes les cartes en main pour remettre leur équipe sur la carte de la NBA.  Reste à savoir maintenant s’ils vont perpétuer leur incompétence ou s’ils vont enfin se décider à prendre de bonnes décisions.