LE SOUPER, UN DÉLICE :

« Le vice appuyé au bras du crime » : Chateaubriand avait ainsi décrit Talleyrand soutenu par son rival Fouché, sortant d’un souper pendant lequel le Prince de Bénévent, évêque d’Autun, de convaincre le duc d’Ottrante du nécessaire retour de Louis XVIII.

Claude Rich, en savoureur Talleyrand, et Claude Brasseur, tonitruant, immense Fouché, se battent une heure et demie durant. Mais c’est d’une bataille de mots qu’il s’agit, d’une joute verbale, sans vainqueur ni vaincu. Le Souper, de Jean Claude Brisuille, retrace cette soirée du 6 Juillet 1815 au cours de laquelle allait se jouer le sort de la Restauration. L’Empire s’est écroulé, les Cent jours ont échoué, Talleyrand a retourné sa veste une fois de plus et essaye d’attirer l’homme du peuple, certes anobli, l’insensible chef de la police, Président du gouvernement provisoire, à sa solution. Car lui seul peut permettre un retour du monarque dans le calmé; en contrepartie il demande son acquittement auprès de Louis XVIII (il a voté pour la mort de Louis XVI, frère du futur roi) et l’élargissement de ses pouvoirs ; Cognac aidant, la soirée devient confidentielle. Les mots fusent, les accusations claquent mais la politesse est de rigueur : un savant mélange d’histoire et d’art, deux personnalités exceptionnelles, dont le talent époustoufle, des dialogues percutants, des émotions (les carreaux et les verres se brisent facilement) et une touche d’humour (on apprend ainsi que le meilleur agent de Fouché auprès de Bonaparte fut Joséphine !). Sans oublier l’essentiel, le souper, les pointes d’asperges aux petits pois, ce saumon du Rhin, le fois gras du Périgord et le champagne, cognac pour finir. Bref, le spectateur en redemande : la pièce est trop courte, on la rallongerait bien de deux heures car le couple d’acteurs est génial (avec une mention spéciale pour Brasseur) mais exténué, devant une salle généreuse, pleine à craquer et conquise par l’apothéose finale, un extrait des Mémoires d’ Outre-Tombe de Chateaubriand, témoin privilégié de l’époque.

Rien à redire donc d’une pièce qui mérite son 20/20 au Gault et Millau. Son issue ? À votre avis ?

Anne H