Vian (Boris) 1920-1959. C’est peu, 39 ans. Et pourtant il a tout fait, tout essayé. Parce qu’il aimait la vie, parce qu’il savait que la sienne serait courte. Il aurait dû se ménager, disaient les médecins…

Alors, ce furent des textes par dizaines. Des romans, trop vrais pour ne pas nous toucher : la foire aux vieux, l’homme que tout un village paie pour se charger de sa honte, font qu’on n’oublie pas L’Arrache—cœur, pas plus que l’inexorable déchéance de Colin quand il n’a plus d’argent (L’Écume des jours)

Mais dans les mêmes livres Vian sait aussi décrire des enfants qui volent dans les airs pour s’évader, ou inventer un piano extraordinaire coordonnant musique et alcools, prouvant ainsi deux autres de ses talents, d’ailleurs. Parce que la musique, le jazz était sa passion. Mais ce trompettiste animateur du Tabou et des nuits de Saint-Germain-des—Prés, responsable de la rubrique « Jazz » chez Barclav, était diplômé d’une école d’ingénieurs… Il peut de même nous faire rêver, partir avec lui dans le délire des mots par des poèmes caustiques et tendres, toujours émouvants ; par des vers libres qui se lisent, se relisent, et s’apprennent par cœur. Beaux par eux-mêmes, ses textes l’étaient plus encore sur une scène. De son ami Henri Salvador, il avait gardé la fantaisie ; et Boris savait s’amuser avec l’orchestre qu’il connaissait si bien. Mais quand il chantait Le Déserteur du haut de sa grande silhouette sombre, dans le contexte difficile du problème indochinois, c’était mille fois plus qu’un chansonnier…

Provocateur, Vian ? Sans doute ; ce n’est pas par hasard qu’il fut à l’origine de la carrière de Serge Gainsbourg. Et si l’une de ses œuvres, J’irai cracher sur vos tombes, fausse traduction mais vrai polar, subit elle-aussi les foudres de la censure.

Voilà, entre autres, pourquoi j’aime Boris Vian. Je ne prétends pas avoir résumé toute son œuvre, un numéro de PROPOS n’y suffirait pas. Comment parler à la fois d’opéra, de cinéma, de théâtre (et pourtant ses pièces, antimilitaristes et/ou anticléricales, ne manquent pas de piquant) ? Déjà, il a écrit tant de romans et de poèmes… Mais c’est à vous de les découvrir !

Sandrine Coursager