Par Valentin Bosshard et Lukas Beauvière 

La rédaction du journal, toujours à l’affut des bons plans, s’est rendue à une conférence organisée par Emmanuel Droit pour les étudiants du Master 2 d’Etudes européennes 25 septembre dernier. L’invité de marque, l’ambassadeur du Royaume du Maroc en France, Chakib Benmoussa a évoqué lors de son intervention le rôle prépondérant de son pays en Afrique. Son Excellence nous a accordé une brève interview lors de sa venue à Sciences Po Strasbourg, dont vous trouverez les grands moments ci-dessous :

Comment définiriez-vous, en quelques mots, la politique extérieure du Maroc sur le sol africain ?


Une histoire commune lie le Royaume du Maroc au reste du continent Africain. Pour le Maroc, la relation avec l’Afrique est une relation avec son continent d’appartenance, son prolongement naturel et sa profondeur stratégique. Le continent africain est au cœur de la nouvelle dynamique de coopération Sud-Sud impulsée par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI. Son action au service de l’Afrique et son engagement sans faille en faveur de la paix et du développement sont salués par les dirigeants des pays africains, qui voient également dans le Maroc un levier majeur pour la stabilité et la prospérité sur la scène régionale et internationale.
SM Roi Mohammed VI a effectué de très nombreuses visites sur le continent ces dernières années couronnées par des accords de coopération ou des partages d’expertise : aide d’urgence, investissements, sécurité, éducation et formation, environnement et développement durable sont autant de thèmes sur lesquels le Maroc ne ménage aucun effort pour venir en aide à ses voisins africains et développer une coopération durable gagnant/gagnant.

En mars 2000, le roi Mohammed VI avait choisi la France pour sa première visite d’Etat à l’étranger. Était-ce alors un témoignage du profond lien rattachant les deux pays, et si oui, perdure-t-il toujours ? 

Du 19 au 22 mars 2000, Sa Majesté Le Roi Mohammed VI réserva à la France sa première visite d’État à l’étranger après son accession au trône, en juillet 1999. Une destination qui allait de soi, la France est le premier partenaire économique du Royaume, mais aussi son plus fidèle allié sur la scène internationale. Les présidents français ont, également, pour tradition de consacrer leur première visite en dehors de l’Europe au Royaume du Maroc. Je rappelle que ce fut le cas pour le Président Emmanuel Macron qui se rendit dans une visite d’amitié et de travail au Maroc dés Juin 2017. Ces visites témoignent des relations privilégiées et multidimensionnelles qu’entretiennent le Maroc et la France à tous les niveaux ; relations qui se renouvellent pour se projeter vers l’avenir en traitant les sujets stratégiques pour les deux pays : paix et sécurité, migration et mobilité, compétitivité économique, formation et dialogue des cultures, lutte contre les changements climatiques…

Vous avez présenté à plusieurs reprises l’Afrique comme étant dotée d’un véritable potentiel énergétique. Sachant que les énergies fossiles constituent une part importante de l’économie africaine, comment imaginez-vous la transition écologique du continent ?


La réalité de l’Afrique est très contrastée : certains pays disposent d’importantes réserves d’énergie fossiles et en tirent des revenus pour leur développement mais ce n’est pas le cas de tous les pays africains. Au-delà de la volatilité des prix du charbon ou du pétrole et des contraintes environnementales qui se renforcent conformément à l’accord de Paris sur les changements climatiques, d’ores et déjà certains pays anticipent ces phénomènes en adoptant une transition énergétique qui favorise l’efficacité énergétique et la mobilisation de sources alternatives d’énergie.
C’est le cas du Maroc qui s’est fixé comme objectif que 52% de son énergie électrique serait à base d’énergie renouvelable à l’horizon 2030. C’est donc plus de 10 000 MW de capacité nouvelle en énergie solaire, éolienne et hydoélectrique qui sont actuellement en cours de développement. Le complexe solaire Noor Ouarzazate de 850 MW ou le complexe éolien de Tarfaya de 350 MW qui ont été mis en service récemment montrent la détermination avec laquelle est mise en œuvre cette feuille de route.
Le Maroc est ainsi devenu un leader des énergies renouvelables et une vraie locomotive pour les pays africains. Il l’a montré notamment à l’occasion de la Cop 22 organisée à Marrakech fin 2016 et avec le « Sommet africain de l’action » organisé en marge de la COP, qui a vu la participation d’une cinquantaine d’Etats africains.