Par Suzie Bernard-Meneguz 

Marches pour le climat, sit-in, manifestations, pétitions, clean walk, autant de moyens pour la jeunesse de participer et de se faire entendre à propos la cause écologique. Pourtant, cette même jeunesse est régulièrement critiquée. La raison ? Leur comportement incohérent, dénoncée majoritairement par des journalistes ou politiques.

« Les gars, avant de protester, éteignez la climatisation, allez à l’école à pied, éteignez vos téléphones et lisez un livre, faites un sandwich au lieu d’acheter de la nourriture. »

C’est ce qu’a déclaré un journaliste de Sky News en réponse aux jeunes qui manifestent pour le climat. Il dénonce le comportement des jeunes, inadéquat avec la cause écologique que les jeunes eux-mêmes prétendent défendre. Ils seraient ainsi les plus grands contributeurs de la société de consommation, les plus fainéants utilisant la voiture pour le moindre trajet et n’arrangeraient rien en passant des heures derrières les écrans. En bref, les jeunes ne changeraient pas leurs habitudes afin de s’adapter au changement climatique. 

Qu’en est-il vraiment ?

Si le combat climatique est aujourd’hui incarné par l’emblématique Greta Thunberg, adolescente de 16 ans, toute la jeunesse ne parait pas engagée derrière elle. Une étude menée par le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) montre que les jeunes moins d’effort pour le recyclage, la recherche d’achat de produits locaux ou la réduction de la consommation d’énergie. Ces jeunes ne sont pas toujours les mêmes que ceux qui manifestent. Pourtant, même dans ces derniers, certains sont très contradictoires. Selon la même étude du Crédoc, les jeunes consomment plus d’objets high-tech que les générations précédentes. Néanmoins, cette étude reconnaît aux jeunes d’utiliser davantage des services de trocs ou d’échanges comme le covoiturage ou des sites proposant des vêtements de seconde main. 

Alors, une jeunesse vraiment incohérente ?

Il faudrait peut-être davantage qualifier la jeunesse de contradictoire que d’hypocrites. Si les jeunes sont parfois paradoxaux, en sont-ils conscients ? Est-ce vraiment de leur faute ? 

Car, finalement, les jeunes manifestant ne dénoncent pas tant les comportements individuels mais plutôt l’inaction des politiques. Si cela ne les empêche pas d’être irréprochable, les jeunes qui manifestent défendent particulièrement le monde très peu écologique qui les entoure. Surtout, la surconsommation alimentée notamment par la jeunesse ne tient-elle pas à l’éducation qu’elle a reçue ? Les jeunes ont grandi dans un monde rempli de jouets, d’objets électroniques, de publicités. Cette même éducation a été inculquée par leurs aînés. La consommation de masse semble ainsi normale pour les jeunes et certains ne font pas nécessairement le rapprochement entre surconsommation et danger écologique. La consommation s’est accrue dans tous les domaines et pour toutes les générations. Les offres à bas prix recherchées par les jeunes sont souvent des offres peu écologiques et les jeunes sont contraints à choisir entre une offre de moins bonne qualité à un moindre prix et entre une offre de meilleure qualité mais moins accessible. Car tous les manifestants n’ont pas renoncé aux fast-foods ou aux vols low cost. La jeunesse consomme beaucoup et mal. 

Pourtant, certains jeunes sont plus engagés voire beaucoup plus engagés que leurs aînés, mais optent pour desmoyens différents. De nombreux jeunes ont conscience de l’enjeu écologique et savent qu’ils sont les premiers concernés par ces risques. Certains fabriquent leurs produits cosmétiques eux-mêmes pendant que d’autres boycottent desmarques pollueuses. Quand les générations précédentes consomment moins, latranche d’âge des 18-24 ans est celle présentant le plus fort taux devégétariens (5%).

En outre, même les plus engagés écologiquement possèdent leurs propres contradictions car il est parfois compliqué de choisir l’option la plus écologique. Qu’est-ce qui est le mieux entre un steak de soja industriel et une côte de bœuf française issue d’un petit producteur local ? Mieux vaut-il manger local ou bio ? Il apparait ainsi normal que même la jeunesse soit perdue dans ces questions et qu’elle soit contradictoire. 

Un débat qui parait peu pertinent

Les remarques accusant la jeunesses ont-elles constructives ? Faire remarquer aux jeunes que leur comportement n’est pas toujours en adéquation avec les causes qu’ils défendent reste utile, et permet de leur faire prendre conscience du long changement que nécessite le combat écologique. Cependant, est-ce vraiment faire avancer les choses quede s’opposer à la jeunesse et de la traiter comme un groupe homogène d’hypocrites ? Certaines réflexions sous-estiment trop les jeunes et lesconsidèrent incapables d’efforts écologiques. 

 Pour progresser ensemble et tenter de remédier efficacement aux problèmes climatiques, il vaudrait peut-être mieux avancersans créer un débat intergénérationnel. L’objectif n’est pas d’accuser celui qui pollue le plus mais d’imiter celui qui pollue le moins.

Un accompagnement mutuel et la fusion desolutions communes reste le moyen le plus efficace de parvenir à un progrès global et à des changements importants.