Chers lecteurs, si l’on vous dit chanson française, vous pensez soit « mélancolie » et « amour », soit années 80. Pourtant, en s’intéressant de plus près à ce large panel de styles qu’est la chanson française, on se rend compte que le thème du bonheur y tient une place très particulière. En effet, la chanson française aborde le bonheur de maintes façons. Il s’agira donc ici de faire une rétrospective du thème à travers plusieurs artistes et plusieurs styles, d’Aznavour à S-Crew en passant par Sinsemilla.

La chanson française traditionnelle: Aznavour

 Quand on s’attache à la chanson française dite « traditionnelle », on peut s’intéresser à l’œuvre de Charles Aznavour. Ce géant, voire génie, de la chanson française est un des plus prolifiques de l’histoire avec plus de 1 200 titres enregistrés dans neuf langues différentes. Sa conception du bonheur est très mélancolique et est presque toujours liée au thème de l’amour. S’il ne traite pas directement du thème, il parle de sa disparition notamment dans la chanson « Que c’est triste Venise ». Ce titre évoque une rupture amoureuse métaphoriquement représenté par Venise, ville des amoureux (et non ce n’est pas Paris). Les paroles traitent de thèmes relatifs au sujet de la chanson comme l’ennui, le désintérêt, l’amour et la tristesse. On observe par exemple que l’amour est lié au bonheur dans les lignes « et que le cœur se serre en voyant les gondoles abritant le bonheur des couples amoureux ». Cependant, en interprétant les paroles, on se rend compte que le bonheur n’est pas éternel et qu’il est vite remplacé par la tristesse. La chanson en elle même est une analyse psychologique d’un homme malheureux : lorsque le bonheur est perdu, tout nous parait plus fade, moins beau (« Les musées, les églises ouvrent en vain leurs portes, inutile beauté devant nos yeux déçus »). Ainsi Aznavour traite d’une façon bien triste le thème de l’amour, propre à la chanson française traditionnelle, qui comprend aussi des artistes comme Brel ou Brassens.

Le reggae ou ska français : Sinsemilla

On pourrait dire que le reggae est le style musical attitré du bonheur. C’est en effet ici qu’on retrouve le plus ce thème avec des artistes anglophones comme Bob Marley ou français comme le groupe Sinsemilla. Ce dernier, formé en 1990, est plus habitué à traiter des sujets de société comme la pauvreté ou la politique. Cependant, sur l’album Debout les yeux ouverts, et dans le dernier titre intitulé « Tout le bonheur du monde », le groupe s’éloigne de son thème de prédilection pour nous livrer leur vision du bonheur. Celle-ci est liée à l’avenir et porte en elle des valeurs comme le partage et la solidarité. Le titre commence donc par le refrain dont le premier vers est : « on vous souhaite tout le bonheur du monde ». Il annonce donc la couleur de la chanson: chaleureuse et humaine. Le reste du refrain est un hymne à la solidarité (« tendre la main »), au partage (« votre soleil éclaire l’ombre ») et à l’évasion (« vers de calmes jardin »). Les trois couplets sont quand à eux consacrés à l’avenir et au souhait d’une meilleure vie pour chaque auditeur du titre. De plus ils abordent aussi le thème de la liberté et des rêves qui sont tout deux des conceptions qui mènent au bonheur. En fin de compte, si l’on approfondit l’analyse des paroles, on pourrait dire que c’est une apologie de l’épicurisme, prônant le plaisir du repos avec des mots comme « profiter de chaque instant » ou « choisir quelle sera votre voix et où celle-ci vous emmènera », signe que dans la vie pour atteindre le bonheur, on doit juste se laisser guider par notre intuition et nos désirs : Hakuna Matata !

Le rap français : S-Crew 

On peut considérer le rap comme faisant partie de la chanson française. Pourtant, celui-ci n’est pas souvent associé au thème du bonheur. En effet, lorsqu’on entend parler de rap français, on pense souvent soit au lyrisme de certains comme Oxmo Puccino, soit à la critique sociétale de groupes comme l’Entourage ou NTM. Ici on s’intéressera à S-Crew, un groupe des années 2010, qui développe dans « Aéroplane », un titre de leur premier album intitulé Seine Zoo, un vision du bonheur propre au rap français. Le bonheur est associé ici à l’évasion spirituelle et physique par différents biais comme la marijuana ou un road trip. Il est important de noter que dans ce titre, on assiste à un vrai débat concernant la drogue car dans un premier temps les paroles dénoncent une fuite en avant pour oublier les problèmes du quotidien (« Tout ce que j’entends c’est des maudit cons se mettre au chichon pour planer ») et préconisent ensuite plutôt une rupture avec son quotidien en prenant la route par exemple (« J’ai troqué ma routine contre une vie d’action »). Or dans un second temps, le troisième couplet débute sur une envie d’évasion par le biais de la drogue (« Y’a ma latte dans le ciel, j’veux m’envoler comme un aigle royal »). Ainsi le bonheur est lié ici à une rupture du quotidien par un départ vers l’inconnu, loin de la ville, un retour à la nature. On retiendra une superbe métaphore filée de l’oiseau représenté ici par un avion, toujours dans le rapport à la nature (« on est tous passagers de la Terre mère dans la voie lactée »). Il y a enfin une dernière forme d’évasion développé avec la musique (« la musique m’amène autre part »)

Il y a donc de multiples façon d’aborder le thème du bonheur dans la chanson française. Ici nous n’avons développé que ce que les paroles apportent mais il ne faut pas oublier que le son en lui-même peut procurer du bonheur que ce soit dans l’opposition majeur/mineur ou dans ce qu’il y a de personnel dans l’écoute d’une mélodie. Nous n’avons ici fait que survoler le thème car il existe autant de forme de bonheur qu’il existe de styles et chansons dans le répertoire française. Pour développer vous même votre propre vision du bonheur, votre propre rapport à la musique, écoutez-en le plus possible et de tous les styles…